ONU le 08 octobre 2009, Mme Nora BERRA

lundi 26 octobre 2009

Lors de son allocution à l’ONU le 08 octobre dernier, Mme Nora BERRA, Secrétaire d’Etat aux Aînés à redit la place importante de la psychomotricité et sa forte attractivité économique.

Voici un extrait puis l’intégralité de son discours :

"Actuellement, nous mettons tout en œuvre pour qu’une personne âgée puisse continuer de vivre chez elle, à son domicile, le plus longtemps possible. Pour y parvenir, nous développons des services de soins infirmiers, d’aide ménagère à domicile, des métiers d’auxiliaires en gérontologie ergothérapie, [*psychomotricité*].
Ces nouveaux services sont générateurs d’emplois. Ils représentent un énorme potentiel en termes de nouveaux métiers et auront un impact économique majeur pour les générations plus jeunes."

Allocution de Madame Nora BERRA, Secrétaire d’Etat aux aînés Madame Nora BERRA, Secrétaire d’Etat aux Nations Unies, New York, le 8 octobre 2009

"Monsieur le Secrétaire-Général adjoint, Madame la Présidente du Comité des ONG sur le vieillissement, Monsieur le Président du Programme des Nations Unies, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chers amis représentants des ONG, des Nations Unies et chers délégués,

C’est pour la Secrétaire d’Etat aux Aînés de la République Française que je suis, une joie et un honneur de pouvoir célébrer ici, avec vous, le dixième anniversaire de la journée internationale des personnes âgées. Merci de me donner aujourd’hui l’occasion d’apporter un témoignage concret à votre réflexion.

Je voudrais remercier le Comité des ONG et les parrains de cette conférence : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Espagne et l’Uruguay, pour leur aimable invitation, et pour avoir organisé cet événement.
La création en France d’un Secrétariat d’Etat aux Aînés est le signe de la reconnaissance du rôle et des droits que nous souhaitons donner aux aînés dans notre pays. C’est aussi l’expression de la volonté française d’être à l’écoute de tous les aînés du monde entier, de défendre leurs droits. C’est enfin, à travers ma présence ici, parmi vous, manifester notre désir de participer pleinement à la réflexion qu’organisent les ONG et les Nations Unies à ce sujet, et délivrer un message universel, dont la devise serait, à l’image de celle de mon pays, "liberté, égalité, fraternité".

La France souhaite promouvoir l’exigence d’assurer une protection sociale pour tous, en développant un modèle qui n’exclut aucune composante de la population, sans discrimination de condition, de revenu, ni d’âge. Il correspond à notre conception des droits de l’Homme et du Citoyen, qui prend en compte l’ensemble des individus dans leur diversité d’identité et de situation. Les personnes âgées en font partie au même titre que les autres citoyens.
Mais, en raison de la fragilité des personnes les plus âgées et des tentations de "jeunisme", les personnes âgées peuvent être l’objet d’une certaine stigmatisation.

En France, une charte des droits de la personne âgée, révisée en 2007, est l’illustration concrète de cette vigilance.
Les initiatives des Nations Unies en faveur du respect des droits des personnes âgées, et notamment les recommandations du plan de Madrid de 2002, se retrouvent pleinement dans la politique que je suis en charge de mener en faveur des aînés en France, et dans les politiques soutenues par la France au plan européen. Mon action s’articule autour des trois orientations prioritaires correspondant à autant de thèmes fédérateurs : « personnes âgées et développement », « création d’un environnement porteur et favorable aux personnes âgées », « promotion de la santé et du bien-être des personnes âgées ».

Tout d’abord, l’accroissement spectaculaire de la longévité est une réalité dont il faut tirer toutes les conséquences, en termes de philosophie de vie, d’organisation sociale, économique.

600 millions de personnes dans le monde ont dépassé l’âge de 60 ans !
L’espérance de vie moyenne à la naissance est aujourd’hui, à l’échelle planétaire, de 66 ans, soit une progression de 20 ans depuis 1950, et elle devrait encore augmenter de 10 ans d’ici à 2050.

En France, l’espérance de vie dépasse désormais les 81 ans : 84,5 ans pour les Françaises, et 77,6 ans pour les hommes. En 2050, 16,6 % de la population française aura plus de 75 ans, contre 8 % aujourd’hui.
Je considère cette nouvelle donne comme l’un des plus formidables acquis de notre temps. Cette longévité est véritablement un phénomène de civilisation inédit dans l’histoire de l’humanité. Elle va permettre à chaque individu de vivre mille choses de plus, de vivre avec les siens, d’être un témoin de ce qui change dans le monde.
Cet acquis concerne, au premier chef, les pays développés, mais également les pays d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord et d’Asie.
Je forme le vœu que les autres régions moins favorisées du monde puissent prochainement en bénéficier également.

L’image et la perception de nos aînés changent en France. De plus en plus, ils sont considérés comme des facteurs essentiels de lien social. Ils sont le ciment de la famille, qui est l’un des piliers sur lequel repose la société française. Ils sont ceux qui, aujourd’hui, contribuent le plus largement à sa sauvegarde. L’évolution de la famille, devenue le plus souvent mononucléaire chez nous (parents plus enfants), des familles recomposées, de la monoparentalité n’ont fait que renforcer ce besoin de lien entre les générations, d’accompagnement des enfants et des petits-enfants, de transmission de la mémoire et des valeurs.

Parallèlement, nos aînés s’impliquent de plus en plus dans le changement de la vie au quotidien, ils sont des citoyens attentifs à une certaine qualité du vivre ensemble dans la société française.
Chez nous, en France, comme dans la plus grande partie du monde, 80% des citoyens seront bientôt des citadins. Et il en sera de même en proportion pour nos aînés. Comment imaginer la ville de demain, afin que les personnes âgées, qui y seront majoritaires, y vivent bien ?
Les aînés prennent une large part à ce changement profond de la vie urbaine. Ils sont des consommateurs avertis. Ils participent à cette « émergence énorme de pratiques, de positions, d’associations, de pulsions citoyennes, de communautés qui essaient de s’organiser » comme le dit l’écrivain antillais Patrick CHAMOISEAU. Ils contribuent à renouveler notre gouvernance locale, à rééquilibrer nos villes (urbs) vers la citoyenneté (civitas). Ils participent activement, dans chaque ville, à la mise en place du plan d’accessibilité que nos maires devront avoir achevé en 2015.

Les aînés peuvent également rendre d’immenses services à la société, par leur engagement personnel dans des actions d’intérêt général concernant la formation, l’éducation, l’accompagnement des personnes les plus fragiles, la coopération internationale, et notamment le co-développement, qu’ils assument le plus souvent dans le cadre du bénévolat.

Nos ainés pourraient aussi représenter une inestimable source de richesses dans le monde des entreprises, pour peu que l’on sache faire évoluer les mentalités. Leur expérience, leur volonté de transmettre leur savoir, comptent beaucoup. Je veux en ce domaine prendre des initiatives, tant avec les représentants des filières professionnelles qu’avec ceux du patronat français, pour favoriser notamment le parrainage et le tutorat des aînés en faveur des jeunes.

L’accroissement de la longévité pose enfin le problème de la justice et de la pérennité de notre système de protection sociale. Par définition, il a pour but essentiel de subvenir aux besoins des plus jeunes et des plus âgés. En aucun cas, et dans aucun esprit, il ne saurait être ressenti comme un fardeau pour les générations suivantes. Pour respecter cet objectif, l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite est une solution envisageable, quoiqu’insuffisante : il me paraît avant tout urgent de mettre en place un marché du travail plus inclusif, plus apte à sécuriser et dynamiser les parcours professionnels.

Mesdames et Messieurs, les premiers défenseurs des droits des aînés, ce sont donc les aînés eux-mêmes, par la richesse de leur contribution à la société. Un droit se défend. Mais il n’y a pas de meilleur moyen de le défendre que de l’exercer de manière positive : c’est ainsi que s’illustrera le mieux cet activisme que vous appelez de vos voeux.
Cet activisme pour la protection des droits fondamentaux et des libertés de toutes les personnes âgées, notamment les plus fragiles, est aussi le devoir des gouvernements.
C’est pourquoi la prise en compte de la question du vieillissement de la population me paraît primordiale dans l’action que nous développons en France.

Le Plan « Bien vieillir, vivre ensemble » que je viens de renouveler en juillet 2009 participe de cette volonté de donner, d’abord, une image plus positive du vieillissement dans la société française. Mais nous devons également mettre en place des structures adaptées aux besoins des aînés. Un label « Bien vieillir » vient d’être lancé pour récompenser les autorités locales qui s’engagent dans les domaines de l’urbanisme, du logement, du transport ou encore d’animation des quartiers et de développement du lien social, à l’image de ce que préconise le réseau "Villes, amies de nos aînés" de l’Organisation Mondiale de la Santé. Il nous faut construire une société où les liens sociaux soient renforcés entre les individus et les générations, qui réunit les citoyens et qui refuse l’isolement de la personne.
En quarante ans, que de chemin accompli dans l’accompagnement des personnes âgées et la valorisation de leurs droits !
Désormais, en France, notre loi "Hôpital, patients, santé, territoires" va permettre de créer des agences régionales de la Santé qui vont tenir compte de la diversité des besoins et des situations au sein d’un même pays.
Ce qui compte, dans l’immédiat, et c’est mon souci actuel, c’est tout d’abord de décloisonner les secteurs sanitaire et médical et les soins curatifs et d’accompagnement, afin de leur permettre de s’enrichir mutuellement de leurs points forts et avancées réciproques.

Il s’agit, dans toute la mesure du possible, de permettre à chaque personne âgée, face au vieillissement, de pouvoir bénéficier de services adaptés à ses besoins. Servir les droits de la personne âgée, c’est préserver la possibilité de continuer à accomplir un parcours et un projet de vie libres, jusque dans le plus grand âge. C’est un principe très important que nous devons placer au cœur des droits fondamentaux des aînés.
Actuellement, nous mettons tout en œuvre pour qu’une personne âgée puisse continuer de vivre chez elle, à son domicile, le plus longtemps possible. Pour y parvenir, nous développons des services de soins infirmiers, d’aide ménagère à domicile, des métiers d’auxiliaires en gérontologie ergothérapie, psychomotricité.
Ces nouveaux services sont générateurs d’emplois. Ils représentent un énorme potentiel en termes de nouveaux métiers et auront un impact économique majeur pour les générations plus jeunes.
Ils mobilisent également les familles, les voisins, les amis dans un mouvement d’interactivité entre les aidants professionnels et familiaux.
C’est dans cet esprit d’interactivité avec les familles que le plan Alzheimer lancé par le président Sarkozy prévoit notamment de former les aidants, de façon à ce qu’ils ne soient plus les deuxièmes victimes de la maladie d’Alzheimer.

Ces services devraient selon moi s’amplifier et se généraliser à l’échelle mondiale, tout d’abord dans les sociétés les plus développées, puis dans les sociétés en développement.
Désormais, lorsque le maintien constant à domicile commence à ne plus être envisageable, il faut aussi mettre en place les systèmes intermédiaires entre la vie chez soi et la vie dans un établissement d’accueil, diversifier les modes de prise en charge, créer des espaces de temps et de lieu intermédiaires !

Enfin, dans le cas le plus douloureux de la dépendance des personnes âgées, il faut, à mon avis, là aussi, renforcer le lien entre les équipes médicales, les personnels des structures d’accueil et les familles, qu’il s’agisse d’aidants familiaux ou d’aidants informels. C’est un des nouveaux défis que nous devons solidairement relever pour faire mieux respecter les droits des personnes âgées les plus fragiles.
Par ces quelques exemples concrets, je souhaite non seulement témoigner, mais faire vivre les principes des Nations-Unies pour les personnes âgées, et les orientations prioritaires du plan de Madrid. La France, aux côtés des autres Etats, notamment l’Espagne, a renouvelé de manière réitérée son engagement en faveur de ces principes et de ces orientations, à Berlin en septembre 2002, à León en novembre 2007 et ici, aujourd’hui, devant vous, à New-York. Soyez assurés que je m’y engagerai personnellement. La France apportera tout son soutien au processus des Nations Unies et à la mise en oeuvre de ces principes.
Je suis heureuse de vous annoncer que la France est prête à accueillir un séminaire sur ce sujet, en 2010 ou 2011, qui réunira les ONG internationales, avec le parrainage du Gouvernement français, et, je l’espère, celui des Nations Unies.

Mesdames et Messieurs, la solidarité entre les générations est une des plus belles causes de l’humanité. Le sujet des aînés provoque désormais une vaste réflexion mondiale. Je souhaite que nous parvenions à traiter les problèmes des droits des aînés avec la même force et les mêmes résultats que nous l’avons fait ces dernières années au niveau international, européen, français, pour les droits des enfants. Mon dernier mot sera pour les aînés : je leur adresse un message de fraternité, une promesse de solidarité, et je les appelle à un véritable "empowerment", partout dans le monde !
Je vous remercie de votre attention.

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